Luke van Scheppingen, alias Laidback Luke, est une légende vivante de la scène dance. Actif depuis la fin des années 90, il a traversé trois décennies de musique électronique. Mais derrière les sourires et l'énergie légendaire se cache une réalité plus sombre : des acouphènes sévères qui ont failli mettre fin à sa carrière.
Trax Magazine : Quand avez-vous réalisé que vos oreilles étaient en danger ?
Laidback Luke : C'était vers 2017-2018. Je sortais d'un set à Ibiza, et le sifflement dans mes oreilles ne s'arrêtait plus. D'habitude, ça durait quelques heures après un set. Là, c'est resté des jours. Des semaines. J'ai compris que quelque chose avait changé de façon permanente.
Comment avez-vous adapté votre façon de travailler ?
J'ai tout repensé. En studio d'abord : je mixe maintenant à des niveaux beaucoup plus bas qu'avant, entre 75 et 80 dB maximum. Sur scène, j'utilise des protections moulées sur mesure fabriquées par ACS — elles réduisent le volume de 15 à 20 dB tout en gardant une courbe de fréquence plate. Et surtout, j'ai demandé à tous mes techniciens de baisser les retours de scène de moitié.
« Il y a eu un moment, vers 2019, où j'ai sérieusement envisagé d'arrêter. Le sifflement était permanent, jour et nuit. Je ne pouvais plus dormir sans bruit blanc. Ma femme me voyait souffrir. C'est elle qui m'a poussé à consulter un spécialiste au lieu de tout abandonner. » — Laidback Luke
Que pensez-vous de la situation de Lost Frequencies ?
Ça m'a brisé le cœur. Felix est un gars incroyable, et c'est exactement le scénario que je redoutais pour moi-même. Chaque DJ devrait voir ça comme un signal d'alarme. Si ça peut arriver à quelqu'un de 32 ans, ça peut arriver à n'importe qui.
Quel message voudriez-vous adresser aux jeunes DJs ?
Portez des protections. Point final. Je sais que ça peut sembler bizarre ou pas cool, mais croyez-moi, les acouphènes, eux, ne sont pas cool du tout. Et commencez tôt — n'attendez pas d'avoir des symptômes. Une fois que c'est là, c'est irréversible.
Vous allez continuer à jouer ?
Oui, mais différemment. Je fais moins de dates, je choisis mes événements, et j'impose des conditions techniques dans mes riders. Je refuse de jouer si les niveaux dépassent certains seuils. Certains promoteurs trouvent ça bizarre, mais c'est non négociable.



